Un confinement productif

Vous, qui lisez cet article, êtes probablement sur votre canapé ou dans votre lit, dans ce pyjama devenu votre uniforme en cette étrange période de corona, ni maquillé·e ni coiffé·e (et je ne vous blâme pas). Il est aussi probable que vous en soyez à votre vingt-quatrième vidéo YouTube de la journée, à regarder des influenceurs et influenceuses vous expliquer « Comment améliorer sa productivité pendant le confinement », vous donner « 10 astuces pour arrêter de procrastiner », ou présenter sa « Routine pour être productive ».  

Productivité, productivité, productivité. On entend ce terme partout, et particulièrement en ce moment où l’on doit revoir son organisation, ses habitudes, travailler différemment ou ne pas travailler, s’occuper… Bien sûr qu’il est important et sain d’être actif ou active, de ne pas passer ses journées à ne rien faire, mais l’injonction à être productif ou productive peut aussi être difficile à vivre au quotidien.

En réalité, soyons précis, le problème n’est pas tant cette injonction que la définition que l’on donne de la productivité. Rappelons d’abord que, selon le Larousse, celle-ci est le rapport entre le résultat d’une activité productive et les facteurs de production utilisés pour parvenir à cette production. Autrement dit, ce terme ne signifie absolument pas être investi·e à 100 % en permanence, loin de là, mais simplement être efficace et bien utiliser son temps et son énergie. 

Cependant, dans l’imaginaire collectif, la productivité a une définition quelque peu différente. Elle est opposée à l’oisiveté, au repos, aux moments de « rien » et à la procrastination. La productivité est souvent associée à se lever tôt, avancer sur son travail et ses projets, passer des coups de fil, envoyer des mails, écrire des articles (sentez la détresse d’une rédactrice qui tente de se motiver pour finir cet article). On admire celles et ceux qui ont un emploi du temps de ministre et semblent être toujours en ébullition, qui n’ont pas un instant de « rien », justement. 

Notre conception de la productivité va de pair avec la logique du « toujours plus » qui rythme nos vies. Le meilleur exemple est sans doute la fameuse to-do list qui, si elle peut être très utile et permettre de s’organiser, peut aussi devenir une véritable source de culpabilité, lorsque l’on ne parvient pas à cocher chacune de ses petites cases. Avec cet idéal de productivité naît l’impression que l’on doit faire quelque chose d’utile (il faudrait déjà des critères pour déterminer ce qui est utile ou non) à chaque seconde de chaque minute de chaque heure de sa vie. 

J’ai moi-même du mal à ne rien faire, j’ai peur du vide : si j’ai du temps, autant en profiter pour m’avancer, pour faire quelque chose d’utile. Peu importe que ce soit pour les cours ou pour des projets personnels, tant que je fais quelque chose. M’accorder une pause ? Pourquoi pas, mais alors il faut quand même que cette pause m’apporte des connaissances, que je lise ou apprenne quelque chose.  

Qui a décidé qu’il fallait rentabiliser chaque instant ? C’est bien de cela qu’il s’agit, finalement, de ne faire que ce qui est jugé rentable et utile par et/ou pour la société, comme si la seule façon d’être heureux ou heureuse était de produire quelque chose. Passer un après-midi à écouter de la musique, à discuter avec sa famille, ou à regarder en boucle ses épisodes préférés d’une série devient une source de culpabilité, parce que le repos et le bien-être ne sont pas des produits rentables. 

Cherchez à être productif ou productive, selon la réelle définition du terme. Utilisez votre énergie et vos ressources pour bien produire et non pour produire plus. Surtout, souvenez-vous que nous sommes des humain·es et non des machines, qu’il peut nous arriver de travailler et de ne pas avancer, ou du moins pas autant que nous le souhaiterions, que nous avons besoin de temps pour nous et de faire ce qui nous fait du bien. 

Lou Cercy

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